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 Full Moon - Robinsonnade

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kakasha
Roi du Squatage


Féminin
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MessageSujet: Full Moon - Robinsonnade   Jeu 8 Mai - 22:05

Bwarf, je vais vous la poster, j'ai tellement travaillé dessus XD
Il y a une part du mérite qui revient à Anbu-sama (et oro qui m'a corrigé aussi)

Le principe de l'exercice était de prendre le mythe de Robinson Crusoé et de faire notre Robinsonnade : naufrage > vie solitaire > rencontre avec l'autre > vie avec l'autre > départ possible
Enjoy et visons une note au dessus de 14 XD

FULL MOON

- Je ne sais pas ce que je fais là, mais je suis dans ta tête. Alors bouges-toi si tu ne veux pas crever sur place.
Allanon se réveilla en sursaut. Toujours le même rêve du jour où Dace était arrivé. Il avait cru devenir fou, ce n’était pas normal d’avoir une double personnalité, une autre personne que soi dans sa tête. Mais très vite, Dace était devenu son compagnon, comme un frère. Dace et la guerre étaient faits l’un pour l’autre. Dace était aux anges au milieu du combat. Les hommes l’admiraient pour ses talents mortels, ses dons d’assassins. Ils le recherchaient comme un talisman. Au départ, ils venaient pour le tuer, mais à présent c’était pour le défier. A chaque fois, Dace les tuait ou ils fuyaient.
Au début Allanon comptait les hommes tués, se souvenait d’eux. A présent, seul un visage restait gravé dans sa mémoire : celui du duc, Sigelus. Son premier homme tué : la mâchoire tailladée, le nez coupé, les membres épars.
Allanon aimait les moments de l’aube, au réveil, quand Dace n’était pas encore là. C’était les rares instants où il était seul dans son esprit. Il se délecta de ce moment d’intimité et alla remettre une bûche dans le feu. Il sortit ensuite de la cabane.
- Quand est-ce qu’on mange ?
- Tu aimerais peut-être attrapé les poissons toi-même, cette fois-ci ? dit Allanon, à voix haute
- Trop ennuyeux ! Et puis, tu le fais si bien !
Allanon enleva ses bottes et ses cuissardes et entra dans l’eau froide du petit cours d’eau. Les truites venaient nager ici avant de rejoindre le lac pour loin dans les montagnes. Il patienta quelques minutes, l’eau le frigorifiait, les truites ne s’approchaient pas de lui. Sois patient, se dit-il, un chasseur sait patienter.
Enfin, un mâle vint le frôler. D’un geste vif, Allanon tendit les mains, il saisit le poisson et l’envoya sur la terre ferme où il se débattit. Allanon sortit de l’eau, acheva le poisson et le vida.
- Pas mal, tu t’es bien débrouillé.
Séché, Allanon prépara un petit feu et y fit cuire le poisson. Il n’avait aucun goût, ça manquait de sel. Lorsqu’il avait du fuir, il n’avait rien pu prendre avec lui.

Allanon baissa les yeux sur le petit feu de camp. Il se rappela ce grand incendie qui avait englouti le palais de Sigelus. Il avait fuit dans la forêt, les soldats à ses trousses, tombant, se griffant aux branches basses. Il les avait semé au milieu des pins. Il avait marché longtemps avant de trouver, au creux d’une vallée une clairière avec une cabane de bois, sans doute d’un ermite mort depuis des années. A l’intérieur il restait des casseroles, des ustensiles de cuisine et des outils pour travailler la terre. Il en avait fait son refuge, vivant de chasse, de pèche et d’herbes sauvages trouvées dans les environs. Il aimait cette vie solitaire où il était libre de toutes contraintes et de toute temporalité. Les seuls hommes qu’il voyait étaient des villageois qui passaient par la vallée pour aller à la ville. Il leur parlait rarement car il leur faisait peur.
Puis un jour, le passé l’avait rattrapé. Des soldats étaient arrivés dans la vallée pour le tuer. Jusque là, Dace avait été une voix désincarnée dans sa tête.
Il l’avait entendu pour la première fois quand il avait regardé les armures des hommes luisantes au soleil. Dace s’était frayé un chemin dans le monde de la chair.
- Je ne sais pas ce que je fais là, mais je suis dans ta tête. Alors bouges-toi si tu ne veux pas crever sur place, avait dit la voix, cynique.
- Qu’est…qu’est ce que je peux faire ? avait hurlé Allanon, effrayé.
- Nous allons les tuer, répliqua l’autre.
- Nous ne pouvons pas ! objecta Allanon. Je ne suis ni un soldant, ni un tueur !
- Alors, laisse moi faire, avait répliqué Dace. A moins que tu sois un lâche ?
Les soldats avançaient, il ne restait plus que quelques mètres, ils étaient huit, armés d’arcs et d’épées. Dace avait pris le contrôle du corps d’Allanon, ce dernier était à présent spectateur de soi-même. Dace s’approcha lentement, les rejoignit et, plus vif que l’éclair, plongea un long couteau dans le cœur du premier.
- Va pourrir en enfer, sale fumier , dit Dace.
Les hommes furent tués ainsi, les uns après les autres, sans pouvoir répliquer aux attaques mortelles de Dace.
Dace s’assit tranquillement et regarda le cadavre. Il laissa Allanon passer devant pour qu’il puisse voir la scène. Allanon se souvient de son père, mort sur une croix, hué comme un traître, son visage était lacéré, ensanglanté. La mort des soldats lui parut plus agréable.
- Plus jamais, murmura Allanon. Plus jamais je ne tuerai.
- Tu n’en auras pas besoin, lui dit Dace. Je le ferai pour toi, j’ai aimé ça.
Dans un élan de volonté, Allanon avait reprit le contrôle sur Dace. Puis, il s’était enfuit dans la forêt, en proie au doute. Toute son enfance avait été bercée par des histoire de chevaliers galants. Aucun héros n’aurait ressenti la même chose que lui à ce moment- là. La joie progressive de Dace avait dégoutté le jeune homme innocent des jeux de mort. Et pourtant, il avait apprécié cette joie.
Allanon se secoua, finit son maigre repas et alla travailler dans le petit arpent de terre qu’il avait mis en culture. Ce peu de culture lui apportait le nécessaire pour faire une sorte de pain suffisamment nourrissant pour un homme.
- Fermier, susurra Dace. Mais Allanon n’y prêta pas attention.

Il court, droit devant lui, il est perdu dans la forêt sombre. Il entend derrière lui les cris des hommes qui le pourchassent. Il a tué le duc Sigelus, l’assassin de son père. Ce n’est pas lui qui l’a tué, c’est l’autre, cette voix qui l’habite. Elle est apparue quand il a regardé le corps de son père mutilé, crucifié. Elle lui avait promis de le venger. Le lendemain, elle avait repris possession de l’esprit d’Allanon et avait provoqué en duel le duc. Cela avait été rapide, en quelques minutes, Dace avait découpé, tailladé son adversaire.
Il avait du fuir. Il fuyait. Il avait tué le seigneur et devait être puni pour cela.
A droite, un cours d’eau, un torrent et profond d’après le bruit. Il change de direction, court vers l’eau, entre dedans. Elle est froide. Il tombe. Il va se noyer. Il lutte, se cogne à une pierre. C’est la chute dans le noir.
Allanon se réveilla en sursaut. C’était la première fois qu’il rêvait de ce passage qu’il appelait le « naufrage », il s’était échoué à moitié mort dans sur une rive. Longtemps il était resté là, inconscient, jusqu’à ce que le soleil le ramène au monde du réel. Au début, il avait désespéré, cherché à se suicider. Le souvenir de son père, de Sigelus étaient trop durs à supportés et l’odeur du sang sur ses mains ne disparaissait pas. Il avait faillit devenir fou. Comment lui, pauvre fil d’artisan d’à peine vingt ans avait il pu défier le duc et le tuer ainsi. Il ne pouvait qu’être fou, qui d’autre qu’un fou pourrait croire qu’il a quelqu’un dans la tête. Un autre qui parlerait et serait capable de prendre possession de son corps quand il le voulait.
Mais il avait réussi à reprendre le dessus. Il s’était enfoncé plus profondément dans la forêt jusqu’à ce qu’il trouve une clairière où une cabane abandonnée semblait l’attendre. Il s’était installé là, pêchant des truites dans le torrent qui coulait non loin de là, cueillant des plantes et des baies. Il avait échangé avec les villageois qui passaient par là pour se rendre à la ville quelques grains de blé. Il les avait planté, espérant avoir à la fin du printemps de quoi faire quelques galettes pour agrémenter ses repas. Malheureusement, cela n’avait pas été fructifiant au début. Il avait du semer une deuxième fois pour avoir un résultat. Petit à petit, sa vie en solitaire s’était construite. Il vivait au jour le jour, ne se souciant que de lui-même.
- Encore un cauchemar ? demande Dace, réveillé de bonne heure.
- Oui, répondit Allanon d’une voix lasse. Celui de mon « naufrage ».
Pour une fois, Dace n’eut rien à redire de cela et se tut. Allanon lui en fut reconnaissant et se leva.

Les journées d’Allanon étaient toutes pareilles, d’un ordre régulier et sûr. Malgré cela, il ne s’ennuyait jamais, avec Dace tout prenait une tournure plus drôle. Les remarques cyniques de ce dernier ne manquaient jamais de pimenter un peu le quotidien. Il ne comprenait pas la vie d’Allanon, il rêvait d’une vie de combats perpétuels où sa force serait admirée de tous. Chaque jour, il s’entraînait au combat. Son corps avait changé, il était plus fort, plus musclé, parfaitement rodé aux combats. Il était devenu en un an un soldat parfait. Il suffisait que Dace prenne le contrôle et il était imbattable.
Ce jour là, Allanon devait aller chercher du bois. Il s’arma de ses deux longues dagues prises à Sigelus, prit donc une hachette prise à un soldat venu le tuer et partit à cheval dans la forêt. Mais au milieu de la journée, une pluie drue s’abattit. En quelques instants, il fut trempé. Il glissa dans un chemin, tenta de se relever mais retomba la tête la première dans la boue. La voix de Dace s’éleva dans son esprit.
- Ah, ne faire qu’un avec la nature.
Allanon poussa un juron.
- Allons, allons, répondit Dace. Il faut toujours essayer de garder le sens de l’humour !
- Tu aimes l’humour, répliqua Allanon, énervé. Alors, marre-toi !
Il ferma les yeux, ouvrit les routes intérieures et se replia sur lui-même. Dace tenta de l’arrêter, mais ce repli avait été si inattendu qu’avant qu’il ait pu préparer sa défense, Dace se retrouva au premier plan, aux commandes d’un corps trempé et frigorifié.
- Fils de chienne ! hurla Dace, l’eau ruisselant de toutes parts.
- Ah, ne faire qu’un avec la nature, ironisa Allanon, au chaud et à l’abri.
Dace tenta de faire sortir Allanon de son refuge, mais en vain. A présent furieux, Dace regarda autour de lui et se mit à l’abri sous un grand pin.
- J’ai compris maintenant, frérot, dit Dace. Laisse-moi rentrer, j’ai froid et je m’ennuie.
- Je suis bien là, moi.
La pluie tombait toujours à seaux. La foudre tomba non loin de là. Dace jura. Si la foudre frappait le pin, il se ferait grillé sur place. Il jura à nouveau puis un sourire s’étire sur ses lèvres. La vie n’était que hasard, décida t’il, et le hasard était fait pour être testé.
- D’accord, tu peux rentrer, dit Allanon.
- Non, je commence à m’y faire.
Une nouvelle fois la foudre tomba tout près. Dace montra les dents.
- Viens ! cria-t-il. Viens sur moi si tu l’oses !
- Tu veux que nous mourrions ? demanda Allanon.
- Je m’en fous, répondit Dace. C’est pour ça que je suis le meilleur. Je me fous de la mort.
La tempête cessa comme elle était venue.
- Laisse-moi rentrer frérot, dit Dace. Reviens dans le monde de la boue. Je me suis assez amusé.
Allanon reprit le contrôle et retourna ramasser du bois. Il faudrait le faire sécher au soleil un bon bout de temps avant qu’il ne puisse être brûler. Une fois qu’il eut fini, la nuit était tombée depuis longtemps. Il reprit son cheval et rentra chez lui.
- Fais attention frérot, le prévint Dace. On n’a pas trop d’amis par ici.
- Tu veux prendre les rênes ?
- Merci, dit Dace.
Le hongre se fit capricieux, les oreilles baissées.
- Il te sent, dit Allanon. Vaut mieux l’apaiser sinon il va t’éjecter.
Dace caressa le cou de l’animal.
- Tu m’éjectes, fils de chienne et je t’arrache le cœur, dit-il tout en gardant une voix réconfortante.
Toujours nerveux, le hongre avança, tandis que Dace piquait des talons sur les flans.
Ils rentrèrent vite à la clairière. A l’orée du bois, Dace s’arrêta et descendit de cheval. Avançant prudemment, il regarda à travers les branchages les hommes réunis autours d’un feu, ils faisaient cuire une pièce de viande. Il long sourire s’étira lentement sur ses lèvres.
- Va-t’en tout de suite ! exhorta Allanon.
- Avant que la fête ait commencée ? Sûrement pas !
Sans qu’Allanon ait pu reconquérir le contrôle, Dace guida le cheval vers le feu. Trois hommes étaient assis là. Ils se levèrent à sa vue.
- C’est du bœuf que je sens ? ironisa Dace.
- Tu as bon nez, répondit l’un d’entre eux, un grand épéiste vêtu de cuir rouge. Arrive. Il y en a trop pour trois.
- Et l’archer qui est dans les arbres, il ne mange pas ? répliqua Dace.
- Tu as les yeux perçants en plus d’un bon nez, lui réplique un autre. Laisse-moi te présenter ma troupe : l’archer c’est Kyara, eux ce sont Styart et Hayate. Je m’appelle Latias. Tu as foutu les jetons à mes deux guerriers.
- C’est un piège, dit Allanon.
- Bien sûr que c’est un piège, lui répondit Dace. La question est de savoir comment ils vont attaquer. Ce ne serait pas amusant qu’ils soient faibles comme ceux d’avant.
- Ils viennent te tuer cette fois
- Et alors ?
- Tu es plus jeune que je ne pensais, dit Hayate. Si on devait croire tes exploits, tu aurais au moins cinquante ans.
- Il vaudrait mieux y croire. A tous.
- Donc, tu es vraiment plus vif que l’éclair ?
Dace ne répondit rien. Le reflet d’une dague fila dans l’air. Dace lança sa main gauche et ses doigts se resserrèrent autours du poignet de Latias. La lame ne rata que de quelques centimètres la poitrine de Dace.
- Plus vif que l’éclair, dit Dace les yeux brillants.
Latias se débattit pour se libérer de cette poigne de fer. Dace leva la main droite et à lueur du feu se refléta sur la lame d’argent de son couteau de lancer.
- Et deux fois plus mortel.
Il plia soudainement le bras, et le couteau partit s’enfoncer dans le cou du chef des mercenaires. Latias se débattit plus faiblement et s’écroula. Dace soupira et dégagea la lame du corps, il remit le couteau dans sa botte et tire ses deux épées.
- Venez donc, raclures d’égout ! hurla-t-il.
Mais les autres hommes avaient déjà fuis. Dace sentit l’envie de sang monter en lui. Il hurla tel un loup et rentra, laissant Allanon reprendre le contrôle.
- Je crois que nous ne serons plus tranquille, dit Allanon.
- Partons, la guerre gronde, toi et moi allons devenir riches et célèbres. Je tuerai tous les hommes qui se mettront sur mon passage.
- Quelle est l’utilité, Dace ? De combien de morts as-tu besoin ? demanda Allanon d’un ton las.
- Je n’ai pas besoin de morts, objecta Dace. J’ai besoin de m’amuser. Et cette conversation commence à devenir ennuyeuse.
- Allons-y. Toi et moi allons faire de grandes choses.
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